«…elle allait perdre plus de 1000 francs dans cette arnaque… », raconte Antoine*

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*Antoine est un nom d’emprunt.

Comme lui, de nombreux et nombreuses proches épaulent aujourd’hui un parent ou un grand-parent face au numérique. Entre démarches en ligne, risques d’arnaques et manque d’accompagnement, les proches aidant·e·s du quotidien sont devenu·e·s un maillon essentiel, encore largement invisible.

Une numérisation qui creuse la fracture chez les senior·es

À mesure que la société se numérise, de plus en plus de démarches administratives et courantes se déplacent en ligne. Bien que cette transformation permette un gain de temps considérable, elle soulève également des enjeux d’accessibilité, notamment pour les personnes âgées. Toutes ne disposent pas des mêmes ressources pour s’approprier ces outils : accès au matériel, compréhension des plateformes ou encore la confiance dans leur utilisation, creusant ainsi une fracture numérique.

Dans ce contexte, la question de la sécurité devient centrale. Les arnaques en ligne se multiplient et ciblent souvent les senior·e·s qui sont perçu·e·s comme plus vulnérables face à des stratégies qui reposent sur de la manipulation, l’urgence ou encore l’usurpation d’identité. Selon l’étude Digital Seniors 2025 de Pro Senectute Suisse, si la majorité des 65-74 ans est aujourd’hui connectée, les usages restent limités et marqués par une certaine méfiance. Face à ces constats, sensibiliser les proches aidant·e·s apparaît essentiel : véritables relais du quotidien, ils et elles jouent un rôle clé pour accompagner les senior·e·s vers une utilisation du numérique à la fois autonome et sécurisée.

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Un soutien encore largement invisible

Ce que vit Antoine est loin d’être un cas isolé. Dans de nombreuses familles, un·e enfant, un·e petit·e enfant ou un·e proche  devient peu à peu la personne de référence dès qu’il s’agit de numérique. Un rôle bien identifié par les chercheur·se·s, qui parlent de « proches aidant·e·s » pour désigner celles et ceux qui accompagnent les usages technologiques au quotidien.

Concrètement, ces personnes les accompagnent, expliquent ou interviennent lorsque les outils numériques deviennent trop complexes. Et ce sont le plus souvent les personnes âgées qui en bénéficient. Pourtant, malgré leur importance croissante, ces formes d’aide restent largement absentes des discours publics et encore peu étudiées. Une invisibilisation qui contraste avec leur rôle central dans le quotidien de nombreuses familles.

Des initiatives comme Connect’Âge s’inscrivent justement dans cette volonté de rendre visible le rôle des proches aidant·e·s dans les méandres du numérique, ainsi que les obstacles et les difficultés qu’ils et elles peuvent rencontrer. Faute de reconnaissance, ces aidant·e·s naviguent souvent seul·e·s face à des situations parfois complexes.

Prévenir les arnaques au quotidien

Dans le quotidien d’Antoine, ces sollicitations sont fréquentes. Messages, appels, mails : lui et sa sœur sont devenu·es un point de repère.

« On est hyper sollicité·e·s avec ma sœur, ça arrive assez régulièrement que je ne sois pas avec elle et qu’elle m’appelle ou m’envoie un message pour vérifier une information », explique Antoine.

Derrière ces échanges apparaît une situation de plus en plus répandue. Face à la multiplication des arnaques en ligne, la prévention joue un rôle clé, et les proches aidant·e·s en sont des acteur·rice·s essentiel·le·s. Informer, expliquer, répéter les bons réflexes avant qu’une situation à risque ne survienne permet de limiter les dangers. Sensibiliser un·e proche âgé·e aux signes d’une fraude peut faire la différence, tout comme l’encourager à demander un avis ou à vérifier une information. Dans un environnement numérique en constante évolution, ces échanges en amont contribuent à renforcer la confiance et à réduire la vulnérabilité des senior·es. Plus qu’une simple aide ponctuelle, la prévention s’inscrit ainsi dans une démarche d’accompagnement durable.

Une charge qui peut peser sur les proches aidant·es

Mais derrière ce rôle essentiel, une autre réalité se dessine : celle d’une charge parfois lourde à porter. Il ne s’agit pas seulement de répondre à une question ponctuelle : les sollicitations sont fréquentes et nécessitent une disponibilité quasi constante. 

« Les signes étaient assez évidents : l’annonce était écrite comme si elle avait été générée par une IA, avec beaucoup d’émojis et une ponctuation très typique », décrit Antoine.

Sans son regard, ces indices seraient probablement passés inaperçus et cet épisode illustre parfaitement ce que signifie être un·e proche aidant·e : assurer en permanence. C’est précisément sur cet enjeu que des initiatives comme Connect’Âge cherchent à agir. En proposant des ressources et des outils, elles visent notamment à faciliter le dialogue entre proches et à mieux répartir cette charge, afin qu’elle ne repose pas sur une seule personne.

Mais comment accompagner sans s’épuiser ?

Face à ces réalités, il ne suffit pas de constater les difficultés : il est nécessaire d’ouvrir des pistes concrètes pour accompagner sans épuiser les proches aidant·e·s et sans fragiliser la relation. 

La manière de communiquer constitue un premier levier. Prendre le temps d’expliquer, sans dramatiser ni infantiliser, permet d’instaurer un climat de confiance. Il ne s’agit pas seulement de transmettre des consignes, mais de créer un espace d’échange. Demander ce que la personne a compris, ce qui l’inquiète ou la questionne, aide à construire des repères communs. Une formulation comme “on peut regarder ça ensemble ?” invite davantage à la coopération qu’un simple avertissement, et permet de maintenir une forme d’équilibre dans la relation. 

Dans cette dynamique, le fait de répéter ne doit pas être perçu comme un échec. Les outils numériques évoluent rapidement, et leur appropriation demande du temps. Revenir plusieurs fois sur les mêmes éléments permet d’ancrer des réflexes durables. Peu à peu, ces échanges renforcent l’autonomie et la confiance, et encouragent à demander un avis avant d’agir. Autre enjeu : ne pas porter seul·e cette responsabilité. Lorsque c’est possible, la répartir entre plusieurs membres de l’entourage ou s’appuyer sur des ressources extérieures peut alléger la charge.

Enfin, certaines initiatives proposent de repenser la relation d’aide. Des initiatives intergénérationnelles, notamment en France, reposent sur une logique d’échange : les personnes âgées sont accompagnées dans leurs usages numériques, tout en transmettant en retour leurs propres savoirs. Cette réciprocité permet de redonner une place active aux senior·e·s, de valoriser leurs compétences et de limiter le sentiment d’infantilisation.

Et maintenant, savez-vous repérer les arnaques ? Faites le test ci-dessous :

Bibliographie

Beaudet-Labrecque, O., Zbinden, R., & Langel, S. (2021). La cybercriminalité et les personnes âgées. Criminalité économique et cybercriminalité: mélanges en l’honneur de la professeure Isabelle Augsburger-Bucheli. https://arodes.hes-so.ch/record/8548/files/Published%20version.pdf

BLANC, L. Entretenir et pérenniser les connaissances numériques des seniors en Bourgogne-Franche-Comté.https://www.ternumbfc.fr/sites/default/files/ternum_files/actualites/Livre%20blanc%20séniors%20-%20NEC/LIVRE%20BLANC%20ARNia-AG2R.pdf

Caradec, V., Petite, S., Chamahian, A. & Colas, S. (2025). La population âgée et les aides aux usages du numérique : une analyse en termes de capital numérique et de réseaux d’aide. Lien social et Politiques, (94), pp.156–174.Source DOI : https://doi.org/10.7202/1119166ar

Laborde, C., Bigossi, F. et Grémy, I. (2021). Proches aidants : qui sont-ils et que font-ils ? ADSP, 116(4), 6-9. https://doi.org/10.3917/aedesp.116.0006

Ruggeri, A. (2021). Seniors et TICs: Entre usages, attitudes et liens sociaux–Le cas de trois communes Neuchâteloises. https://libra.unine.ch/entities/publication/dcea942d-906e-4f52-a6ef-2188a119ef2b

Seifert, A. (2025). Digital Seniors 2025. La digitalisation dans le quotidien des personnes de 65 ans et plus en Suisse. Zürich : Pro Senectute Suisse. https://www.gerontologie.ch/fileadmin/redaktion_gerontologie/pdf/Publikationen_und_Berichte/PS_Digital_Seniors_2025_Etude_FR.pdf

Sitographie

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PAERPA Paris. (2025). Ateliers numériques intergénérationnels à Paris : où seniors et jeunes actifs se rencontrent vraiment. https://www.paerpa-paris.fr/ateliers-echange-competences-numeriques-reunissent-jeunes-actifs-seniors.html