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La police c’est du sérieux. Pourtant, son image ne doit pas se limiter à son rôle institutionnel et démocratique. Elle doit également montrer qu’elle est abordable et ouverte aux citoyens ainsi que transparente sur les réalités du terrain. Des enjeux de communication expliqué par Cathy Maret, cheffe de la communication à la police fédérale.

Une communication ouverte et compréhensible de l’institution mais également de la police est essentielle. C’est ce qu’a relevé Cathy Maret, cheffe de la communication à la police fédérale (FedPol) lors d’un séminaire organisé dans le cadre d’un cours intitulé “Régulations juridiques et éthiques de la communication d’intérêt général”.


En Suisse, la police a l’obligation de communiquer aux yeux de la loi sur la transparence. Toutefois, elle semble réticente à le faire, donnant lieu ainsi à un clivage entre les personnes « sur le terrain » et celles du service de communication. Pourtant, ces derniers ont conscience de l’importance de mettre en place une communication institutionnelle positive dans le but d’attirer la sympathie de la population envers la police (Dagenais, 1991). La police doit en effet être à la fois soutenue et comprise par les citoyens.

“Les fonctionnaires de police voient en cette forme de communication, une potentielle violation du secret de fonction”

Pourtant, cette vision n’est pas totalement partagée par la plupart des fonctionnaires à l’interne. Ils voient en cette forme de communication, une potentielle violation du secret de fonction ou encore un enjeu au sein de la longue tradition du « no comment ». Selon Le Saulnier « pour toutes ces raisons on peut parler d’une mise sous tutelle de la communication policière » qui « témoigne de la distance sinon du divorce entre les exécutants, formellement tenus au silence, et les porte-parole (hiérarchiques ou syndicaux) censés les représenter ».

De ce clivage résulte la volonté des « exécutants » à communiquer avec des pratiques liées à l’image que renvoie la police dans l’espace public, c’est à dire, « une image d’ordre et de contrôle » selon Camerati. C’est pourquoi, il est très courant de voir des communications de services de polices particulièrement sérieuses, sans humour ni images mais plutôt de longs textes faisant appel à un vocabulaire juridique peu clair pour l’ensemble de la population.

Cathy Maret conteste justement cette vision archaïque de la police en proposant un modèle communicationnel beaucoup plus accessible pour l’ensemble de la population avec une volonté de vulgariser les problématiques et les activités de FedPol. Cette vulgarisation s’effectue au moyen de vidéos explicatives, de textes simples, d’icônes, de couleurs et quelque fois, d’humour. Ces codes reprennent en quelque sorte ceux érigés par l’air d’internet et des réseaux sociaux. Des lieux où évoluent d’ailleurs plusieurs publics-cibles de FedPol comme les jeunes. Cette volonté de vulgarisation est d’autant plus importante que, comme le relève Dagenais, « le paradoxe, c’est que la police fait beaucoup d’effort auprès des jeunes et c’est auprès des jeunes que la police est la plus détestée ».


Sources

  • Camerati Nicolas, « La « performance » de la police dans l’espace public [1] », Sociétés, 2006/4 (no 94), p. 77-90. DOI : 10.3917/soc.094.0077. URL : https://www.cairn.info/revue-societes-2006-4-page-77.htm
  • Bernard Dagenais, « À la recherche d’une image institutionnelle positive pour la police ! », Communication et organisation [En ligne], 3 | 1993, mis en ligne le 26 mars 2012, consulté le 19 avril 2019. URL : http://journals.openedition.org/communicationorganisation/163, DOI : 10.4000/ communicationorganisation.1632
  • Guillaume Le Saulnier, « La police nationale au défi des relations presse. Une information sous contrôle ? », Mots. Les langages du politique [En ligne], 99 | 2012, mis en ligne le 15 septembre 2014, consulté le 19 avril 2019. URL : http://journals.openedition.org/mots/20700 ; DOI : 10.4000/ mots.20700